Gardienne d’immeuble : « je ne compte pas mes heures lorsqu’il s’agit de rendre service » 

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Le nombre de gardiens ne cesse de diminuer en France. Estimés aujourd’hui à environ 55.000, ils étaient 90.000 il y a 20 ans. D’ailleurs, moins de 10% des immeubles construits après 2000 prévoient une loge de gardien contre plus de 60% entre 1968 et 1981. Quelle en est la cause ? La crise est-elle la seule responsable ? Difficile à dire…

Pour Patrick Barbero, directeur du service juridique de l’Union Nationale pour l’information et la Défense des Gardiens d’immeubles et des Employés de maisons (l’UDGE) « cette profession est en train de voler en éclat en France. Cela va évidemment de pair avec la conjoncture économique mais beaucoup de gardiens ont réussi à se mettre à dos les syndics de copropriété en abusant de leurs privilèges. A l’inverse, il faut savoir que dans ce métier, on constate énormément d’accidents du travail et d’arrêts maladie. On demande tout et n’importe quoi aux gardiens et beaucoup tombent en dépression nerveuse ». Ceci n’est qu’un avis mais il explique peut-être la disparition programmée de ce métier. A vous d’en juger !

Découvrez le témoignage d’une gardienne d’immeuble

Pour les gardiens fidèles au poste et fiers de l’être, leur travail s’articule autour de 3 missions principales : répondre aux attentes des résidents, accueillir et informer les visiteurs puis entretenir les parties communes. Acteurs sociaux par excellence, ils sont au cœur de la vie d’un immeuble. Pour en témoigner, Ma-residence.fr a rencontré Madame De Brito, gardienne d’une résidence de 4 immeubles dans le XVIe arrondissement de Paris.

– Depuis combien de temps êtes-vous gardienne d’immeuble ?

« Depuis 2010. Mais je connais les lieux depuis 1993 car j’ai été moi-même locataire dans cette résidence. J’ai demandé à prendre la relève lorsque la précédente gardienne a pris sa retraite et l’ensemble des propriétaires a accepté. »

– Comment s’organisent vos journées ?

« Le programme du matin est un peu réglé comme du papier à musique. Je commence à 7h par retirer les poubelles de la rue puis je balaye les entrées et la cour. Je distribue le courrier pour que les habitants l’aient devant leur porte vers 9h30-10h. Ensuite, je nettoie les poubelles avant de les ranger. Sans oublier de réceptionner les paquets qui arrivent à n’importe quel moment…
La loge ferme à 12h et je reprends de 16h à 20h. L’après-midi est davantage consacré aux taches hebdomadaires : le nettoyage des fenêtres ou des 4 escaliers que comptent la résidence, le balayage des caves… Après c’est un peu à moi d’organiser mon emploi du temps en fonction des saisons : entre le ramassage des feuilles qui s’accumulent en automne ou la plantation et l’embellissement des fleurs au printemps et en été.
Le plus important est d’être présente pour les habitants pendant les heures de travail. »

– Qu’est-ce qui vous plait dans ce métier ?

« L’ambiance et la communication qui en découle. Je m’entends bien avec tous les résidents et cela me plait beaucoup. Tout le monde s’arrête pour parler avec son voisin, connaît ses problèmes et prend de ses nouvelles. Nous avons beaucoup de chance de ce point de vue là car je sais que c’est loin d’être partout pareil, surtout à Paris… »

– Qu’est-ce que vous dérange le plus ?

« Faire les 4 volontés des habitants et encaisser leurs plaintes. Par exemple, lorsqu’un enfant fait un peu trop de bruit, le voisin sonne à ma porte pour râler. Je dois alors jouer les médiateurs pour essayer d’arranger les choses. Le tout en ayant du tact et en restant à ma place. Ce n’est pas toujours évident… »

– Etes-vous soucieuse d’entretenir de bonnes relations de voisinage ?

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Oui, beaucoup ! Pour Halloween, les enfants se déguisent et font le tour des appartements pour demander des friandises. Nous fêtons aussi Pâques : on cache des œufs dans le jardin et les enfants descendent les chercher. Fin mai, on célèbre la fête des voisins et ça, tout le monde y tient beaucoup. »

– Est-ce que vous avez parfois l’impression de faire du social avec les résidents de l’immeuble ?

« Il y a pas mal de couples jeunes donc avec eux, je ne fais pas vraiment de social. Par contre, avec les personnes âgées, c’est différent. Il faut être plus attentionné : les emmener, par exemple, faire des courses ou passer leur demander s’ils ont besoin de quelque-chose. Je ne fais pas dans la charité mais quand je peux aider, je le fais avec plaisir. Je ne compte pas mes heures lorsqu’il s’agit de rendre service à quelqu’un de la résidence. »

– Quel est votre salaire mensuel ? Qui fixe ce salaire ?

« Je touche 1400 € net par mois avec appartement de fonction pour loger ma famille. C’est le syndic de copropriété qui fixe mon salaire et c’est le président du conseil syndical qui me signe mes vacances par exemple. Reste à ma charge la taxe d’habitation, l’assurance, le gaz. Je paye une toute petite participation pour l’électricité mais pas le chauffage par contre. »

– En ce début d’année 2015, les étrennes ont-elles été généreuses ?

« Cela fait 5 ans que c’est plus ou moins pareil. Les étrennes se situent entre 40 et 150 € par appartement, en sachant qu’il y en a 62 dans la résidence. Mais attention tout le monde ne donne pas ! Pour moi, c’est le geste ou le petit mot attentionné qui compte. Une bouteille de champagne ou une boîte de chocolat me fait toujours plaisir. »

– En 5 ans de service, est ce que vous avez constaté une diminution de ces étrennes ? Comment l’expliquez-vous ?

« Nettement… Surtout chez les personnes âgées aux petites retraites qui ont du mal à boucler les fins de mois. La crise a aussi eu des répercussions sur le budget des couples avec des enfants en bas âge. »

– Une anecdote rigolote à raconter sur la vie dans la résidence…

« L’autre matin, les volets d’un monsieur de 82 ans sont restés fermés et comme c’est une personne qui a l’habitude de se lever très tôt, je me suis vite inquiétée. J’appelle chez lui, sur son portable mais en vain. Du coup, je me décide à prendre ses clés et à monter chez lui. Au moment d’ouvrir sa porte, mon téléphone sonne et c’était lui. Il était tout simplement sorti faire sa gym… En retard, il n’avait pas eu le temps d’ouvrir ses volets. Ah là là, je vous jure ! »

– Pour vous, quel est l’avenir du métier de gardien d’immeuble ?

« Pour moi, c’est malheureusement un métier qui est amené à disparaître. Tous les gardiens qui partent à la retraite ne sont que très rarement remplacés. Sauf s’ils ont plusieurs escaliers à charge. C’est souvent des agents d’entretien externes qui prennent le relais. Par ailleurs, un gardien avec une famille est un vrai handicap. Vous aurez plus de change de trouver du travail si vous êtes un(e) célibataire de plus de 45 ans, d’autant que les loges ne sont pas forcément très grandes… Il faut savoir que les syndics de copropriété sont de plus en plus exigeants et cherchent à faire des économies. C’est donc, en général, le poste de gardien qui saute en premier… »

concierge-photo-epoqueBien que l’avenir des gardiens d’immeubles semble incertain, le métier a évolué et s’est modernisé.

Votre gardien est à l’aise avec Internet ? Invitez-le à rejoindre Ma-residence.fr. Il pourra ainsi communiquer plus facilement avec tous les autres résidents de l’immeuble.

Inviter mon gardien sur ma-residence.fr

Et vous, comment cela se passe dans votre immeuble ? Possédez-vous un gardien ? Quelle relation entretenez-vous avec ce dernier ? En tant que gardien, vous reconnaissez-vous dans ce portrait ? Donner votre avis ou témoignage dans l’encadré « Laisser une réponse » en bas de cette page.

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A propos de l'auteur

Journaliste depuis plus de 10 ans sur Internet, j’ai eu l’occasion d’écrire dans des univers variés liés à l’actualité, la culture, les femmes, les seniors… Mais une thématique me tient particulièrement à coeur : la solidarité envers autrui et ce, à l’égard d’un voisin, d’une personne isolée ou d’un sans domicile fixe…

10 Comments

  1. poueymidanet le

    Bonjour,
    J’ai découvert cet article « par hasard » ; il (ou ils) mériterait plus de lisibilité ou du moins un accès plus évident.
    Notre gardienne n’a pas internet; nous en avons parlé ensemble, j’espère faire évoluer les choses d’autant
    que le coût d’un abonnement serait légèrement inférieur aux dépenses téléphone et fax actuelles.
    La gestion est assurée par le syndic, c’est la seule personne avec qui elle est en relation pour son travail.
    Son métier est difficile ;elle a même fait l’objet de quelques agressions.
    Un échange sur les pratiques selon les résidences me paraîtrait intéressant. PP

    • Bonjour Pierre !
      Vous avez raison, un échange sur ces pratiques selon les résidences seraient des plus intéressants ! N’hésitez pas à en parler dans la communauté des conseillers syndicaux par exemple. On sous-estime souvent le rôle du gardien ou de la gardienne en effet. A l’heure actuelle c’est dommage que la vôtre n’est pas accès à Internet, j’espère que vous arriverez à faire évoluer la situation 🙂

      • poueymidanet le

        merci, par contre j’ai toujours autant de mal à retrouver cette rubrique. comment faites-vous? (de même je ne sais pas comment rajouter un smiley!)
        Que de progrès à faire!
        Bonne soirée PP

  2. Bonjour,

    J’ai créé une page Facebook dédiée aux gardien(ne)s d’immeuble où l’on peut y trouver une entraide, des conseils, des articles de loi et offres d’emploi…

    Je suis moi même gardienne depuis 2 ans et demi et internet est à ma charge puisque j’ai installé une box (tv, téléphone, internet)… A mon avis, il n’y a pas vraiment lieu que ce soit la copro qui paye ce service par contre, je reçois une participation pour les frais d’impression (cartouches d’encre, papier, scotch…). Bonne viste de ma page 😀

    • Marie SANTOS le

      Bonjour Elisabeth
      Vous avez de la chance d’être épanoui dans votre travail comme gardienne.
      Je suis Gardienne comme vous depuis 8 ans et je vis un calvaire depuis 7 ans (harcèlement moral, dégradation de mon travail, insultes, et j’en passe.
      J’ai déjà fait plusieurs mains courants sans sucés mon syndic a consulter un avocat qui a écrit une lettre a cette personne elle s’est calmé un moment et la a recommence. J’ai déjà eu in malaise et un accident de travail que j’ai faillait être handicapé au niveau de la main gauche. quelques personnes de l’immeuble me soutiennent mais ce la n’est pas suffisant. Mon conjoint a eu tellement marre qu’il ma quitter et mes enfants évite de venir me rendre visite car je suis toujours déprimée. Tout ça pour vous dire que vous avez de la chance. Bonne continuation
      Marie SANTOS

  3. Bonjour,

    je parcoure ce jour votre site félicitation…et décide de mis inscrire j’espère vivement avoir l’occasion de revenir vers vous.

    Bien cordialement

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